mercredi 19 novembre 2008

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Ce cours fut un naufrage. Ces élèves, des mollusques. Des vrais. Mous. Forcément mous. Bon, j’arrête les phrases sans verbes qui font très joli chez cette vieille dingue de Marguerite Duras mais qui apparaissent aussi artificielles que gonflantes ici. Ou en étais-je ? Ah oui, les mollusques… J’avais préparé ce cours en me demandant ce qui pouvait intéresser des ados de 15-16 ans. Réponse : le cinoche avec plein de bastons dedans. J’ai cru avoir un éclair de génie en dénichant la critique du dernier James Bond. Bon, refroidit par le plantage rythmique grandiose de Casino Royale (le réalisateur nous en met plein la vue pendant trois quart d’heures à coup de cascades et d’explosions, puis enchaine sur 20 minutes de partie de poker… monumental), je ne l’avais pas vu. Quand bien même, me suis-je dit, ce résumé et ces quelques critiques sont cools, ils vont intéresser ces petits. Et bien que nenni. Une fois le texte lu, je demande si des mots leur échappent. Silence. Bien qu’un peu sceptique, je leur pose quelques questions bateau (de quoi parle le texte, qui est le héros, enfin ce genre de truc quoi). Au terme de dix minutes de « rame en solitaire », l’un de ces chers élèves daigne me signifier que ce texte parle de James Bond. Joie, Félicité, Bonheur etc… Mais ce sentiment de volupté s’évanouit durant les vingt minutes de silence quasi-total de leur part qui suivirent… Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de questionner leur rapport à James Bond (-Toi, tu as déjà vu un film de James Bond -… - tu as déjà vu un film de James Bond – Oui –Et tu as aimé ? - … - Tu aimes les films de James Bond ? - Je ne sais pas.)
Oui, ce fut affligeant. Forcément affligeant.

Paix et prospérité.

mardi 11 novembre 2008

La loose selon Victor Hugo

Il y a deux manières de se faire respecter par une classe de douzième (dont l’âge moyen équivaut à celui de nos terminales). Soit en prendre un au hasard et lui démolir sa face à coup de batte de base-ball, soit réciter tout de go un poème du XIXème siècle en prenant de grands airs inspirés. N’ayant pas de batte de base-ball sous la main, j’ai choisi la deuxième solution.

Hier j’avais fait étudier à la classe de cinquième (dix-onze ans) Mon petit chat de Maurice Carême que j’avais moi-même dû apprendre en classe de CP. En entendant ces chers petits ânonner péniblement « C’est un chat étrange/ aimant le nougat/ et le chocolat/ Mais c’est pour cela/ dit tante Solange/ Qu’il ne grandit pas. » je dois avouer que l’émotion m’a pris à la gorge. Pour les douzièmes, aujourd’hui, ce fut donc Victor Hugo, Vieille chanson du jeune temps (que je leur ai donc récité sans notes, haha, bluffés, les jeunots!). Bien fait pour leur gueule. (Je tiens à préciser que leur niveau de français est très élevé. Avec leur prof, ils étudient Molière dans le texte, c'est vous dire...)

En gros Hugo y dévoile le looser qu’il fut à seize ans. Il a appelé ça Vieille Chanson du jeune temps pour dire à quel point la loose est éternelle et universelle. Ça parle toujours à tout le monde, ça, non ? (Ne soyez pas désagréables svp et dites: Oui Monsieur. Merci). A la fin de mon exposé, la classe m’a applaudi. Un applaudissement allemand. On frappe du poing sur la table en cadence. Bande de bourrins.

Paix et prospérité

jeudi 6 novembre 2008

Chanter la vie

Choisir des chansons françaises à faire écouter aux élèves teutons tient du chemin de croix. Voici quelques chansons qu'il est déconseillé de faire étudier:


Discover Jean Yanne!


Nous remarquerons en effet que le merveilleux Jean Yanne glisse quelques légères fautes de français dans cette œuvre par ailleurs bouleversante.

A moins de vouloir faire passer la France pour un pays de névrosés dépressifs, on évitera également ceci:


Discover Vincent Delerm!


Des chansons marrantes? Oui mais pas ça:


Discover Les Inconnus!


Ces abrutis de gamins seraient capables de ne pas saisir toute l'ironie subtile du propos.

Ah oui, il vaut aussi mieux éviter les chansons politiques. Comme ceci par exemple:


Discover André Dassary!


Quoique, pour introduire un cours sur la coopération franco-allemande... Hum. Bon.

Paix et prospérité.

NB: Démarrez "Maréchal nous voilà", puis regardez le clip des Kiss Kool, deux messages plus bas, en prenant soin de couper le son. Je vous promets que le résultat saisissant.

lundi 3 novembre 2008

Haut et court

En arrivant pour la première fois dans la classe des plus petits, j’ai fait un pendu (le jeu avec les lettres qui manquent, hein.. qu’allez-vous donc imaginer…). Ça leur a fait réviser leur alphabet, whao, trop fort. Ne connaissaint pas leurs noms, il me fallut en deviner un ou deux grâce à ce jeu formidable. (Donc, non seulement ils révisaient, mais en plus j’apprenais à qui j’avais affaire, re-whao, trop fort). Ce fut une mauvaise idée. Un gamin du nom de Paul Woktirald (ou un truc du genre) ne fut pas loin de m’humilier. Alors que le pendu était presque totalement constitué (il lui manquait deux bras. Je me rend compte en écrivant cela à quel point le pendu est un jeu gore. Bref.), J’en étais encore à PAUL _O_TI_LD. Je commençait à paniquer, sachant que toute mon autorité allait voler en éclats si je ne trouvais pas la solution. Je me concentrais alors, et trouvais les trois lettres manquantes d’un coup.

J'avais survécu à l'épreuve du feu. L'esprit d'Onizuka veillait encore sur moi.

Paix et prospérité.